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ganbatte

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Pour mon 6ème (22 maintenant) séjour au Japon, j'ai décidé d'ouvrir un blog, au programme : JuJutsu, Shiatsu, Sakura, Koyo et autres joyeusetés nippones :)

Publié le par Eric ANFRUI
La motivation à une heure

Il existe une phrase que j’entends régulièrement depuis que j’enseigne les arts martiaux. Elle prend des formes différentes selon les personnes, mais le fond est toujours le même.

« C’est un peu loin… »

Parfois, cela signifie quarante-cinq minutes de route. D’autres fois, une heure de transport. Plus rarement d'avantage. Pourtant, j’ai remarqué qu’autour de cette fameuse heure se dessine souvent une frontière invisible.

Avec le temps, j’ai fini par lui donner un nom : la motivation à une heure.

Bien sûr, cet article ne s’adresse pas aux personnes qui ont des contraintes familiales, professionnelles ou de santé. Nous avons tous une vie différente, des responsabilités et des priorités qui évoluent au fil des années. Il ne s’agit pas de juger qui que ce soit.

En revanche, cette heure est souvent révélatrice d’autre chose.

Elle met en lumière la différence entre avoir envie de pratiquer et être véritablement engagé dans sa progression.

Cette nuance est essentielle.

Tout le monde aime l’idée de progresser. Tout le monde apprécie les démonstrations des experts. Tout le monde aimerait acquérir un jour cette fluidité qui semble rendre les techniques si simples.

Mais peu de personnes regardent le chemin qui a permis d’y parvenir. Et c’est précisément de ce chemin dont j’aimerais parler. Nous admirons le résultat, rarement le parcours

Lorsque nous observons un enseignant expérimenté ou un Shihan, nous voyons un mouvement précis, relâché, efficace. Tout semble naturel.

Parfois, il répète une technique seulement quelques fois pendant un stage avant de passer à autre chose.

Si l’on ne fait pas attention, on peut facilement en tirer une conclusion erronée. On imagine que c’est ainsi qu’il s’est entraîné toute sa vie. Or, c’est exactement l’inverse.

Nous regardons le sommet de la montagne en oubliant les milliers de pas qui ont été nécessaires pour y parvenir.

Derrière chaque technique qui paraît évidente aujourd’hui se cachent des années de travail.

  • Des répétitions.
  • Des erreurs.
  • Des corrections.
  • Des remises en question.
  • Des kilomètres parcourus.
  • Des heures passées sur le tatami.

Tout cela a disparu de notre regard. Il ne reste que le résultat. Et c’est souvent là que naissent les mauvaises interprétations.

« Les Shihan ne le font pas… »

Il y a plusieurs années, alors que j’étais troisième Dan, je participais à un stage.

Je pratiquais avec un autre participant lorsque, après seulement trois répétitions d’une technique, il m’a arrêté.

« Il n’y a pas besoin d’en faire plus. Regarde les Shihan, ils n’en font pas davantage, et pourtant ils ont un excellent niveau. »

Je lui ai simplement répondu :

« Pas de souci. »

Puis je suis allé pratiquer avec quelqu’un d’autre.

À l’époque, certains auraient peut-être attendu de moi une explication. Je ne l’ai pas donnée. Non pas parce que je manquais d’arguments, mais parce que j’ai appris, avec les années, qu’il ne sert à rien de vouloir convaincre quelqu’un qui n’a pas envie de remettre en question sa façon de voir les choses.

Mon rôle d’enseignant n’est pas de gagner un débat. Il est de transmettre à ceux qui souhaitent réellement apprendre. Le temps passé sur un tatami est précieux. Je préfère aujourd’hui le consacrer à pratiquer, à corriger un détail technique ou à répondre à une question sincère plutôt qu’à essayer de persuader quelqu’un que l’effort est nécessaire.

Cette réflexion du pratiquant était pourtant révélatrice.

Elle consistait à observer un expert aujourd’hui et à imaginer que son entraînement actuel expliquait son niveau. C’est oublier plusieurs décennies de pratique. C’est un peu comme regarder un concert de piano, voir le musicien s’échauffer quelques minutes avant de monter sur scène et conclure que dix minutes quotidiennes suffisent pour atteindre ce niveau.

Nous confondons souvent le résultat avec le processus.

Les Shihan peuvent parfois répéter moins pendant un stage parce qu’ils ont déjà répété des milliers de fois auparavant.

Leur économie de mouvement est le fruit de leur expérience. Pas son origine. La nuance est immense.

Une heure de transport…

Une autre anecdote m’a marqué.

À l’époque où j’enseignais à Bagnolet, une personne m’a téléphoné pour obtenir des renseignements sur les cours.

La conversation était agréable, elle semblait sincèrement intéressée par le Kokodō Jujutsu. Elle m’a posé beaucoup de questions sur la discipline, sur l’ambiance, sur le fonctionnement du dojo. Puis, au moment de conclure, elle m’a dit :

« C’est dommage… Je travaille à La Défense et cela me fait une bonne heure de transport. »

Je lui ai répondu avec le sourire :

« Je comprends très bien… J'y travaille moi-même et fais le trajet 2 fois par semaine... »

Il y a eu un petit silence.

  • Je n’ai pas essayé de la convaincre.
  • Je ne lui ai pas expliqué que cette heure pouvait être rentable.
  • Je ne lui ai pas parlé des bénéfices de la pratique.
  • Je me suis contenté de répondre à sa remarque.

Pourquoi ?

Parce qu’avec les années, j’ai compris une chose importante. La motivation ne s’emprunte pas.

  • Elle ne se transmet pas par un discours.
  • Elle ne se négocie pas.
  • Elle vient de l’intérieur.

Si une personne souhaite réellement pratiquer, elle trouvera une solution.

Si, au contraire, cette pratique n’occupe pas une place suffisamment importante dans sa vie, aucun argument ne changera durablement les choses. Et ce n’est pas grave.

Nous avons tous des priorités différentes.

Simplement, je préfère aujourd’hui consacrer mon énergie aux personnes qui ont déjà fait ce premier pas.

Un enseignant ne peut pas vouloir la progression d’un élève plus que l’élève lui-même.

Une question qui m’a fait réfléchir

Quelques années auparavant, alors que je vivais encore en région parisienne, j’avais proposé à mes élèves d’organiser un stage. Les réponses ont commencé à arriver. L’une d’elles disait simplement :

« Ça dépend… c’est où ? »

Cette réponse m’a surpris. Non pas parce que la question était absurde. Mais parce que nous parlions forcément d’un stage organisé en Île-de-France. J’ai alors réalisé que certaines personnes regardaient d’abord la distance avant de regarder l’opportunité.

Pour ma part, lorsque j’ai la possibilité de pratiquer avec quelqu’un qui peut m’apporter quelque chose, la première question qui me vient à l’esprit est différente.

« Quand est-ce qu'on commence ? »

Évidemment, chacun fait selon ses possibilités. Mais cette réaction m’a rappelé que notre manière de poser une question révèle souvent notre façon d’aborder la pratique.

Cherchons-nous une raison de participer… ou une raison de ne pas le faire ?

La frontière est parfois très fine.

Une heure… contre cinq

Plus tard, alors que j’habitais désormais à Vers-Pont-du-Gard, j’ai organisé un stage à Paris. Une personne intéressée m’a appelé. La conversation ressemblait beaucoup à la précédente. Les questions étaient pertinentes. L’intérêt semblait réel. Puis est arrivée la conclusion.

« Je suis vraiment intéressé… mais j’ai au moins une heure de transport. Je pense que cela fait un peu loin. »

Je lui ai répondu simplement :

« Je comprends. J’en ai moi-même entre quatre et cinq pour venir. »

Là encore, je n’ai pas cherché à convaincre. Je n’ai pas insisté. Avec le temps, j’ai compris qu’insister est rarement utile. Non pas parce que ces personnes manquent de qualités ou de bonne volonté. Mais parce que la décision de s’investir appartient toujours au pratiquant.

Je préfère aujourd’hui utiliser mon énergie pour préparer un meilleur stage, améliorer mes cours ou accompagner les personnes qui ont choisi d’être présentes.

C’est une question de respect pour leur engagement. Et aussi une façon de respecter mon propre temps. Car le temps d’un enseignant est, lui aussi, précieux. Il mérite d’être consacré à transmettre, pas à convaincre. À mes yeux, un élève réellement motivé n’a pas besoin qu’on le pousse constamment.

  • Il pose des questions.
  • Il cherche.
  • Il expérimente.
  • Il avance.

Parfois lentement. Parfois avec des doutes. Mais il avance.

Et c’est avec ces personnes que le travail devient le plus enrichissant, autant pour elles que pour leur enseignant.

Mon rapport au temps

Avec le recul, je me rends compte que je n’ai jamais vraiment compté le temps consacré à ma pratique.

  • Les heures de train.
  • Les réveils très matinaux.
  • Les retours tard dans la nuit.
  • Les week-ends passés en stage.
  • Les longues journées où le tatami succédait directement à une journée de travail.

Tout cela faisait simplement partie du chemin. Je ne les ai jamais considérés comme du temps perdu. Au contraire. Ils faisaient partie intégrante de mon apprentissage. On imagine souvent que l’on progresse uniquement pendant les deux heures passées sur le tatami.

Je ne le crois pas.

On progresse également grâce à tout ce que l’on accepte de mettre en œuvre pour être présent sur ce tatami. Chaque déplacement est déjà une décision. Chaque effort consenti avant même le début du cours prépare l’état d’esprit avec lequel on va pratiquer. Lorsque l’on accepte cela, le trajet cesse d’être une contrainte. Il devient simplement une partie de l’entraînement.

La motivation à une heure

Les meilleurs enseignants ne vivent pas toujours à côté de chez nous

Il existe une idée, souvent inconsciente, que j’ai parfois retrouvée chez certains pratiquants. Nous aimerions que le meilleur enseignant habite à quelques kilomètres de chez nous.

  • Qu’il donne cours aux horaires qui nous arrangent.
  • Qu’il parle notre langue.
  • Qu’il soit disponible lorsque notre emploi du temps nous laisse un peu de temps libre.

Ce serait évidemment l’idéal. Mais la réalité est rarement ainsi.

Si l’on souhaite réellement progresser dans un domaine, il faut accepter que les personnes qui peuvent nous faire avancer ne se trouvent pas forcément au coin de la rue. C’est vrai dans les arts martiaux. Mais c’est vrai dans beaucoup d’autres disciplines.

Lorsque l’on veut apprendre auprès d’un musicien reconnu, d’un artisan d’exception ou d’un professeur particulièrement compétent, il faut parfois faire des kilomètres. Pourquoi en serait-il autrement pour notre pratique martiale ?

Pendant toutes ces années, je ne me suis jamais demandé si le Japon était trop loin.

Heureusement. Sinon, je serais resté chez moi. Et j’aurais manqué des rencontres qui ont profondément transformé ma façon de pratiquer et d’enseigner.

Un aller-retour pour un simple cours

Il m’est arrivé de faire un aller-retour Paris-Bruxelles dans la même soirée.

  • Pas pour un stage exceptionnel.
  • Pas pour un passage de grade.
  • Pas pour une démonstration.

Simplement pour assister à un cours hebdomadaire.

Lorsque je raconte cela, certaines personnes pensent que je cherche à montrer ma motivation. Ce n’est pourtant pas mon intention. Avec le recul, je n’ai pas l’impression d’avoir accompli quelque chose d’extraordinaire. J’ai simplement fait ce qui me semblait logique.

Lorsque l’on a la possibilité d’apprendre auprès d’un enseignant qui peut nous faire progresser, la question que je me pose n’est pas :

« Est-ce que le trajet est long ? »

Mais plutôt :

« Qu’est-ce que je vais apprendre ce soir ? »

Le temps passé dans le train, je l’ai presque oublié.

En revanche, les sensations découvertes sur le tatami, les corrections reçues, les échanges après le cours… tout cela est encore bien présent dans ma mémoire.

Avec le recul, je peux même dire que je n’ai jamais regretté un déplacement effectué pour aller m’entraîner. En revanche, j’aurais certainement regretté ceux que je n’aurais pas faits.

Direction Bruxelles après ma journée de travail. (Et oui, j'avais encore des cheveux à l'époque ^^)

Direction Bruxelles après ma journée de travail. (Et oui, j'avais encore des cheveux à l'époque ^^)

Le Japon m’a appris bien plus que des techniques. Lorsque je pars au Japon pour m’entraîner, les journées sont longues. Les trajets aussi. Pourtant, jamais je n’ai considéré cela comme un sacrifice.

Ces heures passées dans les trains japonais, ces marches jusqu’au dojo, ces soirées qui se terminent tard… font partie de l’expérience. Elles préparent presque autant à la pratique que le cours lui-même.

Au Japon, j’ai également rencontré des pratiquants qui n’hésitent pas à traverser plusieurs préfectures pour assister à un entraînement.

Pour eux, cela paraît naturel. Ils ne le vivent pas comme une contrainte. Ils le vivent comme une opportunité.

Cela m’a souvent fait réfléchir. La distance n’est pas toujours un obstacle. Elle devient un obstacle lorsque notre motivation s’arrête avant.

Motivation ou engagement ?

On parle beaucoup de motivation. C’est un mot que l’on entend partout. Pourtant, je pense qu’il est souvent mal compris. La motivation est agréable. Elle donne envie de pratiquer. Elle nous pousse à commencer. Mais elle est aussi très instable.

Il y a des jours où l’on déborde d’énergie. D’autres où l’on préférerait rester chez soi. Si notre pratique dépend uniquement de notre motivation, alors elle progressera au rythme de notre humeur. Or, le haut niveau ne se construit pas ainsi.

Il repose sur quelque chose de beaucoup plus solide.

L’engagement.

L’engagement, c’est décider d’aller s’entraîner même lorsque la journée a été difficile.

  • C’est monter dans un train alors qu’il pleut.
  • C’est rentrer tard.
  • C’est accepter que certains progrès demandent des mois, parfois des années.

La motivation nous fait commencer. L’engagement nous fait continuer. Et c’est lui qui finit, presque toujours, par faire la différence.

Ce que révèle vraiment cette fameuse heure

Avec les années, je me suis rendu compte que cette fameuse heure de transport n’était finalement qu’un symbole. Elle représente ce petit effort supplémentaire. Celui qui oblige à sortir de sa zone de confort.

Pour certains, cette heure paraît insurmontable. Pour d’autres, elle n’est qu’une étape parmi d’autres.

Ni l’un ni l’autre n’est condamnable. Encore une fois, chacun construit sa pratique comme il l’entend.

Mais il est important d’être honnête avec soi-même.

Si l’on pratique simplement pour le plaisir, une séance par semaine près de chez soi est peut-être exactement ce qu’il nous faut. Et c’est très bien ainsi.

En revanche, si l’on affirme vouloir atteindre un véritable haut niveau, alors il faut accepter ce que cela implique. Le haut niveau ne vient jamais chercher le pratiquant. C’est toujours le pratiquant qui va à sa rencontre.

Une réflexion que je partage souvent Il m’arrive parfois d’entendre :

« J’aimerais atteindre le niveau de tel enseignant. »

Je comprends parfaitement cette envie. Moi aussi, j’ai admiré des pratiquants dont le niveau me semblait presque inaccessible. Mais je me pose toujours une question. Sommes-nous prêts à faire ce qu’ils ont eux-mêmes accepté de faire pendant des années ?

Pas seulement répéter les techniques. Mais aussi parcourir des kilomètres. Consacrer des week-ends à des stages. Revoir encore et encore les mêmes mouvements. Accepter de ne pas comprendre immédiatement. Continuer malgré la fatigue. Continuer malgré les doutes.

Nous admirons volontiers le résultat. Nous sommes parfois moins attirés par le chemin. Pourtant, les deux sont indissociables.

La motivation à une heure

Finalement, cette « motivation à une heure » n’a rien à voir avec les transports. Elle est un révélateur. Elle nous oblige à nous poser une question simple.

Quelle place ma pratique occupe-t-elle réellement dans ma vie ?

La réponse ne se trouve pas dans ce que nous disons. Elle se trouve dans ce que nous faisons.

  • Dans les kilomètres que nous acceptons de parcourir.
  • Dans les stages auxquels nous participons.
  • Dans les répétitions que nous faisons lorsque personne ne nous regarde.
  • Dans notre capacité à continuer lorsque l’enthousiasme des premiers mois s’estompe.

Je ne pense pas que tout le monde doive traverser la France ou partir au Japon pour pratiquer. Ce n’est pas le message de cet article.

En revanche, je crois qu’il est important d’être cohérent entre nos ambitions et les efforts que nous sommes prêts à fournir.

Nous ne pouvons pas vouloir un résultat exceptionnel avec un investissement ordinaire.

Cela ne fonctionne dans aucun domaine. Et les arts martiaux n’échappent pas à cette règle.

J’ai souvent entendu dire qu’il fallait trouver un bon professeur. Je le crois sincèrement. Mais avec les années, j’ai compris qu’il existe une condition dont on parle beaucoup moins.

Encore faut-il être prêt à aller à sa rencontre.

Car aucun enseignant, aussi compétent soit-il, ne pourra parcourir à la place de son élève le chemin qui mène à la progression.

Et ce chemin commence parfois… par une simple heure de transport.

La motivation à une heure

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C
Très bel article, ce n’est que la vérité.<br /> Bonne continuation <br /> Magerotte kyoshi
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